Amortissement de 30 ans, une bouffée d’air... qui peut coûter très cher
Depuis l'automne 2024, les acheteurs assurés peuvent accéder à un amortissement de 30 ans. Pour beaucoup, c'est une bouée de sauvetage. Pour d'autres, c'est un piège bien emballé. Voici l'histoire de Sophie, et pourquoi elle a failli prendre la mauvaise décision.
Sophie voulait juste que ça rentre dans son budget
Sophie a 31 ans. Elle économise depuis quatre ans pour acheter son premier condo. Quand son courtier lui a présenté les chiffres, la réalité l'a frappée de plein fouet : avec un amortissement de 25 ans, les paiements mensuels dépassaient légèrement ce qu'elle voulait payer.
« Mon courtier m'a dit qu'il y avait une option à 30 ans. J'ai entendu 231 dollars de moins par mois et j'ai presque signé tout de suite. »
Heureusement, son courtier a pris le temps de lui montrer l'autre côté du tableau. Celui qu'on ne voit pas au premier coup d'oeil.
Les changements de 2024 : ce qu'ils permettent
Depuis le 1er décembre 2024, le gouvernement fédéral permet aux acheteurs d'une première propriété de s'amortir sur 30 ans, à condition que le prêt soit assuré par la SCHL ou un autre assureur hypothécaire. Concrètement, cela s'applique si la mise de fonds est inférieure à 20 % de la valeur de la propriété.
Cette mesure s'adresse aussi aux acheteurs de propriétés neuves, peu importe s'il s'agit d'un premier achat ou non.
L'objectif annoncé est simple : améliorer l'accessibilité à la propriété en réduisant le paiement mensuel requis. Sur papier, c'est une bonne nouvelle. Dans la pratique, l'impact réel dépend entièrement de la situation de chaque acheteur.
Estimations basées sur une hypothèque de 450 000 $ à un taux de 4,09 %. À titre illustratif seulement.
Ce que les chiffres disent vraiment
Voici la comparaison que le courtier de Sophie a posée devant elle :
| 25 ans | 30 ans | |
| Paiement mensuel | ~2 326 $ | ~2 095 $ |
| Économie mensuelle | ~231 $ | |
| Total des intérêts payés | ~197 800 $ | ~254 200 $ |
| Coût additionnel en intérêts | ~56 400 $ |
Sophie économisait 231 dollars par mois. En échange, elle payait 56 400 dollars de plus en intérêts sur la durée totale de son prêt. Sans compter que son hypothèque serait remboursée cinq ans plus tard.
Ce n'est pas une mauvaise décision en soi. Mais c'est une décision qui doit être consciente.
Quand le 30 ans est la bonne stratégie
Il y a des situations où choisir 30 ans est tout à fait justifié, et même avantageux. Votre courtier pourrait vous le recommander si :
- Votre revenu est stable, mais vos liquidités sont serrées au moment de l'achat
- Vous prévoyez une progression de revenus significative dans les prochaines années
- Vous voulez garder une marge financière pour un fonds d'urgence ou d'autres projets
- La propriété que vous convoitez est dans un marché en appréciation et vous souhaitez entrer maintenant
Dans ces cas, la flexibilité d'un paiement plus bas peut valoir le coût additionnel à long terme, surtout si vous utilisez les remboursements anticipés pour rattraper le terrain en cours de route.
Quand le 30 ans devient un piège
À l'inverse, certains acheteurs choisissent le 30 ans pour les mauvaises raisons :
- Pour se qualifier sur une propriété dont le prix dépasse vraiment leur capacité financière
- Sans plan concret pour accélérer les remboursements une fois la situation stabilisée
- En oubliant que la prime d'assurance SCHL s'applique sur le montant total, et que celle-ci est également amortie sur 30 ans
Ce dernier point est souvent oublié. Avec une mise de fonds de 5 %, la prime d'assurance SCHL représente 4 % du montant du prêt. Elle s'ajoute au solde hypothécaire et génère elle aussi des intérêts pendant toute la durée du terme.
La vraie question à se poser
Le 30 ans n'est pas un produit bon ou mauvais. C'est un outil. Et comme tout outil, son utilité dépend de la façon dont on s'en sert.
« Ce qui a changé ma façon de voir les choses, c'est quand mon courtier m'a demandé : est-ce que tu as l'intention de faire des remboursements anticipés chaque année ? Si oui, le 30 ans peut fonctionner pour toi. Si non, tu pars avec 56 000 dollars d'intérêts supplémentaires sans filet. »
Sophie a finalement opté pour le 25 ans, en ajustant légèrement son budget mensuel. Son courtier lui a aussi montré comment un versement accéléré hebdomadaire permettait d'économiser encore davantage en intérêts, sans effort majeur.
Mais pour d'autres acheteurs dans sa situation, le 30 ans peut être le bon choix. C'est précisément pourquoi cette conversation doit avoir lieu avec un courtier, avant de signer, pas après.
Vous magasinez votre première propriété et vous vous demandez quel amortissement choisir ? Parlez avec nous avant de vous décider. On vous présente les deux scénarios complets, sans surprise.

